Si vous avez déjà entendu « accueillir les émotions de l’enfant » ou « décrire plutôt que juger », vous avez croisé, sans le savoir peut-être, l’héritage d’Adele Faber et d’Elaine Mazlish. Ces deux mères américaines ont écrit en 1980 Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, un des livres sur la parentalité les plus lus au monde. Leur méthode tient en une idée simple : la façon dont on parle à un enfant change la façon dont il se comporte. Cet article présente qui elles étaient, les six outils de leur livre, les autres titres de la collection, les ateliers proposés en France et ce que la recherche en dit.
Sommaire
Qui étaient Adele Faber et Elaine Mazlish ?
Adele Faber naît à New York en 1928 et enseigne dans des lycées de la ville. Elle et Elaine Mazlish, voisines à Long Island, se rencontrent lors d’un cercle de lecture à la bibliothèque municipale (Boston Globe).
Mères chacune de trois enfants, elles s’inscrivent ensuite à un groupe de parents animé par le psychologue pour enfants Haim Ginott. Ginott voulait qu’on parle aux enfants comme à des égaux en dignité. « Nous nous sommes inscrites pour un cours de huit semaines, et nous sommes restées dix ans », racontait Adele Faber. Sur le chemin du retour, après une de ces séances, elles décident d’écrire leur propre livre pour faire connaître ces idées (Boston Globe).
Leur premier livre, Liberated Parents, Liberated Children, paraît en 1974 et reçoit le prix Christopher (site officiel des autrices, How To Talk Workshops). Suivent Parler pour que les enfants écoutent en 1980, puis Frères et sœurs sans rivalité en 1987. Elles écriront sept livres ensemble, et enseigneront aussi à la New School for Social Research de New York. Elaine Mazlish meurt en 2017, Adele Faber le 24 avril 2024, à 96 ans. Selon leur éditeur américain, leurs livres se sont vendus à plus de 4 millions d’exemplaires rien qu’en Amérique du Nord, et le premier a été publié dans près de 40 pays (Boston Globe).
Les six outils de Parler pour que les enfants écoutent
Le livre ne cite pas d’études : il s’appuie sur les années d’ateliers de parents que les deux autrices ont animés. Chaque chapitre présente une famille d’outils, avec des exemples en bandes dessinées et des exercices. Ces six chapitres sont aussi ceux des ateliers (Joussemet et al., BMC Pediatrics, 2018).
1. Accueillir les sentiments de l’enfant
C’est le point de départ de toute la méthode : un enfant dont on reconnaît ce qu’il ressent est plus disposé à écouter. Le livre propose de reconnaître l’émotion, de mettre un mot dessus, et de donner en imagination ce qu’on ne peut pas donner en réalité. Devant un enfant qui réclame des céréales qu’il n’y a plus, par exemple : « J’aimerais avoir le pouvoir magique de faire apparaître une boîte géante. » Accueillir l’émotion ne veut pas dire accepter tous les comportements : on peut entendre la colère et refuser qu’elle se transforme en coups.
2. Susciter la coopération
Plutôt que de répéter les ordres, les autrices proposent cinq façons de faire : décrire ce qu’on voit ou le problème (« Je vois le chien qui tourne en rond devant la porte »), donner une information, le dire en un mot (« Les enfants, pyjama ! »), dire ce qu’on ressent (« Je n’aime pas qu’on tire sur ma manche »), ou écrire un petit mot. L’idée est de laisser l’enfant trouver lui-même ce qu’il doit faire.
3. Remplacer la punition
Plutôt que de punir, les autrices proposent d’exprimer son désaccord avec force sans attaquer la personne, de dire ce qu’on attend, de montrer comment réparer, de proposer un choix, et, si besoin, d’agir : par exemple, ranger sous clé les outils qu’un enfant a oublié de rendre. Pour les conflits qui reviennent, le livre détaille une résolution de problème à deux, où parent et enfant cherchent ensemble une solution qui convient à chacun. Ces pistes rejoignent celles de notre article sur les alternatives à la fessée.
4. Encourager l’autonomie
Laisser l’enfant choisir, reconnaître qu’une tâche lui coûte des efforts, ne pas le bombarder de questions, ne pas répondre trop vite aux siennes : autant de façons de lui montrer qu’on le croit capable de trouver ses propres solutions.
5. Complimenter en décrivant
Les autrices distinguent deux sortes de compliments. Le compliment qui juge (« Tu es sage », « C’est magnifique ») reste vague. Celui qui décrit dit précisément à l’enfant ce qui a été remarqué : « Tu as rangé tous les crayons dans leur boîte. »
6. Libérer l’enfant des rôles
« Le maladroit », « la timide », « le paresseux » : les étiquettes finissent par enfermer l’enfant. Pour les autrices, la façon dont les parents voient leurs enfants influence non seulement l’image que les enfants ont d’eux-mêmes, mais aussi leur comportement. Le dernier chapitre aide les parents à sortir l’enfant de ces rôles.
Les autres livres, pour chaque âge
La méthode s’est déclinée en plusieurs livres, tous traduits en français chez Aux Éditions du Phare, un éditeur canadien installé au Nouveau-Brunswick :
- Frères et sœurs sans rivalité (1987), sur les disputes et la jalousie entre enfants d’une même famille ;
- Parler pour que les enfants apprennent, à la maison et à l’école, pour les parents et les enseignants ;
- Parler pour que les ados écoutent, écouter pour que les ados parlent ;
- Parler pour que les tout-petits écoutent, écrit par Joanna Faber, la fille d’Adele, et Julie King, pour les enfants de 2 à 7 ans.
Les ateliers Faber et Mazlish en France
Dès l’origine, la méthode s’est transmise en groupe autant que par les livres. En France, des associations, des centres sociaux et des mairies proposent des cycles d’ateliers « Parler pour que les enfants écoutent » ou « Frères et sœurs sans rivalité », en général une séance par semaine pendant six ou sept semaines. On y travaille à partir de situations concrètes et de jeux de rôle. Le localisateur d’ateliers de l’éditeur français permet de trouver un atelier près de chez soi.
Ce que la recherche en dit
Les livres de Faber et Mazlish reposent sur l’expérience, pas sur des études. Mais leur programme d’ateliers a été évalué par une équipe de l’Université de Montréal, dans un essai contrôlé publié en 2025 (Joussemet et al., Family Process). 293 parents d’enfants d’âge scolaire ont été tirés au sort : les uns suivaient tout de suite la version française de l’atelier, en sept semaines, les autres la suivaient à la fin de l’étude.
Résultat : chez les enfants des parents formés, les comportements d’opposition et d’agressivité ont davantage diminué, et l’écart se maintenait au moins six mois plus tard. En revanche, l’anxiété et la tristesse ont baissé autant dans les deux groupes. Les auteurs qualifient eux-mêmes ces effets de petits, mais suffisants pour faire de ces ateliers une piste de prévention à grande échelle. Une limite à garder en tête : ce sont les parents eux-mêmes qui évaluaient le comportement de leur enfant.
Pour expliquer ces résultats, les chercheurs s’appuient sur trois ingrédients qu’on retrouve dans la méthode : la chaleur de la relation, un cadre clair et le soutien à l’autonomie de l’enfant (Joussemet et al., BMC Pediatrics, 2018).
Faber et Mazlish, Dolto, parentalité positive : quels liens ?
Faber et Mazlish ne sont pas des théoriciennes : leurs livres sont des manuels pratiques, nourris d’exemples du quotidien. Françoise Dolto, à la même époque, partait de la psychanalyse et répondait aux parents au cas par cas (voir notre article sur Françoise Dolto et la parentalité). Les deux approches se rejoignent sur un point : parler à l’enfant comme à une personne, et mettre des mots sur ce qu’il vit. Les outils de Faber et Mazlish sont aujourd’hui souvent cités parmi les ressources de la parentalité positive, qui associe elle aussi la chaleur de la relation et un cadre clair.
Questions fréquentes
Faut-il suivre un atelier, ou le livre suffit-il ?
Le livre se suffit à lui-même : il contient des exercices à faire seul. L’atelier permet de s’entraîner en groupe, avec des jeux de rôle, et d’échanger avec d’autres parents. C’est le format atelier qui a été évalué dans l’étude de 2025.
À partir de quel âge peut-on utiliser ces outils ?
Parler pour que les enfants écoutent prend surtout des exemples d’enfants d’âge scolaire. Pour les 2-7 ans, Parler pour que les tout-petits écoutent adapte les mêmes outils, et un livre existe aussi pour les adolescents.
La méthode Faber et Mazlish est-elle permissive ?
Non. Elle remplace la punition, pas le cadre : le parent dit ce qu’il attend, exprime son désaccord et agit quand c’est nécessaire. Ce qui change, c’est la manière de le faire, sans humilier ni menacer.
Où trouver un atelier près de chez moi ?
L’éditeur français tient une liste des ateliers sur son site, fabermazlish-aep.com. Renseignez-vous aussi auprès de votre mairie, de votre centre social ou de votre caisse d’allocations familiales.
Et si j’ai besoin d’en parler à quelqu’un ?
Un consultant en parentalité peut vous aider à mettre des mots sur une situation familiale, en cabinet ou en visio. Les professionnels de l’annuaire sont présentés un par un.
Sources citées dans cet article
- Boston Globe bostonglobe.com
- How To Talk Workshops howtotalkworkshops.com
- Joussemet et al., BMC Pediatrics, 2018 bmcpediatr.biomedcentral.com
- Aux Éditions du Phare fabermazlish-aep.com
- localisateur d’ateliers de l’éditeur français fabermazlish-aep.com
- Joussemet et al., Family Process pmc.ncbi.nlm.nih.gov

